Expositions

Claudia Andujar et les Yanomami du Brésil

A l’occasion d’un week-end parisien, j’ai eu le plaisir de découvrir la superbe exposition de la photographe brésilienne Claudia Andujar à la Fondation Cartier. Je me rappelle avoir déjà vu quelques uns de ses clichés lors du Festival Photo La Gacilly en 2018 ainsi que lors d’une précédente exposition intitulée « Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu. » en 2019.

Cette importante retrospective retrace un travail photographique et documentaire particulièrement prolifique. L’amour de Claudia pour les Indiens s’est transformé en un véritable chemin de croix. La Photographie est devenu un moyen pour elle de communiquer avec le plus grand peuple vivant d’Amérique du Sud qu’elle rencontre pour la première fois en 1971.

Constamment menacé et faisant encore aujourd’hui l’objet de beaucoup de convoitise, le territoire Yanomami s’étend du Brésil au Vénézuela. Comme le rappelle l’actuel porte parole de la communauté, David Kopenawa, la population a subi plusieurs vagues de dissémination au contact des Blancs. La fin des années 70 marquent le début de l’invasion de leur territoire par les orpailleurs brésiliens et l’arrivée d’épidémies.

« Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me semble essentiel. » Claudia Andujar

L’exposition retrace le parcours artiviste de Claudia en deux étapes soit de 1931 à 1977, de l’Europe à l’Amazonie brésilienne puis de 1978 à nos jours, de l’Art au militantisme.

Affiche de l'exposition, la Lutte Yanomami par Claudia Andujar
Affiche de l’exposition, la Lutte Yanomami à la Fondation Cartier

Rencontre avec les Yanomami et travail photographique

Sur un premier étage, l’exposition débute avec la présentation de nombreuses images tirées à partir de pellicules infrarouges. Les prises de vue aux couleurs bleus et carmins sont saisissantes. On déambule à travers un parcours d’images suspendues qui nous fait entrer au fur et à mesure dans l’intimité des Yanomami et même jusque dans leur « yano », utérus, autrement dit : leur maison 🙂 . On y découvre des moments précieux de chasse collective dans la fôret amazonienne ainsi que des photographies enivrantes de rituels hallucinogènes menés par des chamanes. L’exposition est ponctuée de passages vidéos qui nous montrent à quel point Claudia a su gagner la confiance et le respect de la population. On ressent clairement toute l’affection portée par les Yanomami envers cette photographe fougueusement engagée.

Il y avait beaucoup de monde ce dimanche là et même des enfants. Les gens commentaient les images et semblaient à la fois absorbés et touchés.

Livre de l'exposition, La lutte Yanomami par Claudia Andujar
Photo de couverture du livre de l’exposition

Projets de recherche et militantisme

Au sous sol, l’exposition se poursuit avec la présentation d’un projet de recherche original. En effet, les Yamomamis participent en 1974 à un projet graphique sur leur propre vision de la vie quotidienne, des rites et des mythes. Une centaine de dessins ont été collectés sur plusieurs mois. Le résultat est surprenant, détaillé et très intéressant. On découvre dans ce même espace, de magnifiques portraits noirs et blancs qui nous laissent imaginer la patience et l’immense travail de la photographe. Au fil de ses voyages et rencontres, Claudia Andujar, a su gagner la confiances des Indiens Yanomami. Ils se sont ainsi laissés photographiés en oubliant la crainte, très souvent ressentie par les populations indigènes, de perdre leur esprit. Le militantisme et les risques encourus par Claudia Andujar sont clairement abordés dans cette dernière partie de l’exposition. C’est avec beaucoup d’amertume que l’on se rend compte à quel point la population a été – et continue d’être malmenée par le gouvernement brésilien à l’origine d’un véritable génocide.

Amateurs, amatrices de photographie, foncez ! Je conseillerais la même chose à tous les curieux, aux amoureux des grands espaces, aux défenseurs de la Nature, aux révoltés de la politique actuelle du président brésilien mais aussi aux éternels amoureux des voyages, des rencontres et échanges culturels.

L’exposition se tient jusqu’au 10 mai 2020 dans la très belle Fondation Cartier à Paris

Ci-dessous, quelques liens d’information intéressants :

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